aurores boréales en norvège arctique
aurores boréales en norvège arctique

Aurores boréales à Senja – Le grand nord norvégien – III

(Je vous conseille, pour un meilleur confort de lecture et d’appréciation des images, de lire cet article sur ordinateur plutôt que sur téléphone 🙂 Enjoy!)

De ces rêves éveillés...

      Y a-t-il, à part peut-être “être heureux•se”, tiret de bucket list plus couramment partagé que “voir une aurore boréale au moins une fois dans ma vie” ?
Ce tiret fait en tout cas partie intégrante de ma liste, de notre liste.

      Jamais je ne me sens aussi Vivante que lorsque je me sens insignifiante face à la puissance des éléments, perdue dans l’immensité sauvage, écrasée par la beauté des paysages. Pour faire simple, j’aime me prendre des claques par dame Nature (tu partages aussi ce masochisme ?), j’en ai besoin.

carte norvège région troms cercle polaire

      Les aurores ont ce côté féérique, mythique, facilement irrationnel. On a beau connaître la science qui les façonne, l’œil et l’esprit ne peuvent s’empêcher d’y trouver de la magie.
      Notre périple au nord du cercle polaire a un goût de quête. Toute âme sensée vous le dira, lors d’un tel voyage il ne faut pas laisser reposer tous ses espoirs sur ces spectacles nocturnes éphémères. Bien nombreux sont les facteurs qui peuvent s’allier en leur défaveur et vous priver de leur beauté : activité solaire, Lune et autres “pollutions lumineuses”, météo, … L’Islande nous avait déjà laissés bredouilles (souvenirs frigorifiés de nuits de novembre à dormir à l’arrière d’un van, le réveil sonnant toutes les heures de la nuit pour jeter un regard aux cieux capricieux), nous le savons, et c’est pourtant emplis d’optimisme que nous nous glissons à nouveau dans l’hiver polaire…

      Mais avant de vous conter cela, je vous mentirais en fait si je vous affirmais n’avoir jamais vu d’aurore par le passé. Si les boréales se sont jusque là cachées à moi, il n’en est pas de même pour les australes. Pour une australe.

Il y a quelques années dans l'hémisphère sud...

IsabelleJouvie-kerguelenmap
aurore

« Les lumières sont tamisées dans la grande salle commune de la base scientifique de Kerguelen (Terres australes françaises), et la musique monte petit à petit en décibels en ce début de soirée qui s’annonce festive. L’ambiance est encore plutôt calme cependant, les gens jouent au billard, au babyfoot, boivent une bière au bar, discutent dans les canapés.
C’est à ce moment qu’Annabelle, la chef de district, surgit de l’escalier qui mène à l’entrée du bâtiment au rez-de-chaussée. Je la suis des yeux et la vois passer de groupe en groupe en annonçant quelque chose que je ne peux entendre… Mais je n’ai pas le temps d’être curieuse bien longtemps, car bientôt elle se dirige vers nous :

” Aurore dehors ! “
Aurore ?
” Elle est en train de se former ! “
Aurore !
!!!!!!!!!!

Ça y est, mon cerveau a connecté les deux bouts, et avant même que la connexion soit stabilisée mes jambes m’ont fait descendre l’escalier 4 à 4 et je me retrouve à l’extérieur du bâtiment. Mes yeux ne sont pas encore habitués à l’obscurité mais déjà je la devine, là, au-dessus du golfe. Ma première aurore… »

australe
Aurore australe aux îles Kerguelen TAAF Isabelle Jouvie

Retour au nord

      Nous passons notre première nuit sur le sol norvégien dans le garage aménagé d’un pavillon de la banlieue de Tromso. Le ciel est couvert, nous sommes en pleine pollution lumineuse, et fatigués par le voyage qui vient de nous déposer le soir-même en Arctique. Un coup d’oeil aux applications mobiles d’ « alertes aurores » que nous avons installées sur nos téléphones avant de partir nous indique que la probabilité d’en observer cette nuit est faible. Nos regards se croisent et s’accordent instantanément :

      « Pas ce soir, hein ? On aura le temps tout le reste du voyage. Au lit ! »

      Notre première journée complète en hiver arctique nous plonge directement dans l’ambiance : le vent se joue vecteur d’une masse nuageuse et neigeuse dense, qui ne laisse que rarement apercevoir le ciel bleu à travers des trouées furtives déversant d’éphémères douches de lumière. Mince alors. Je réalise mi-amusée mi-dépitée que j’ai tout bonnement oublié de prendre en compte la météo lorsque j’ai imaginé à de nombreuses reprises ce voyage avant de venir. Tous les curseurs d’activité solaire, de latitude, de pollution lumineuse, de noirceur de la nuit, peuvent bien être au vert : si le ciel est entièrement couvert… pas d’aurore ! Nous ne sommes qu’aux prémices de l’aventure mais déjà je commence à être moins confiante sur l’éventualité d’avoir la chance d’en observer…

      Les quelques heures de clarté journalière défilent alors que nous arpentons les routes et nous enfonçons dans la campagne norvégienne, non sans en prendre plein les yeux au passage (voir les deux articles précédents de la trilogie, ici et ici !). C’est encore l’après-midi, mais la nuit est déjà tombée alors que nous approchons de notre logement du soir..

      « Be very careful when you leave the car, the ground is icy and slippery! » nous indique notre hôte Tommy, sorti nous accueillir avec un grand sourire à l’extérieur de sa maison.

      Bien entendu, qui fait un joli vol plané avec atterrissage à plat-dos à cet endroit-même 10 minutes plus tard ?? :’)

Partage

     Nous visitons les lieux et discutons joyeusement avec Tommy pendant un bon moment. Il nous raconte ses voyages aux quatre coins du monde, magnets-photos souvenirs aimantés au frigo à l’appui, puis nous dérivons inévitablement sur le sujet des aurores. Notre hôte nous délivre de précieux conseils pour les observer, nous fait installer une troisième application d’alerte téléphone “See? That number right here should be as high as possible. This one doesn’t matter that much.”.

      Tommy se remémore alors ces vacanciers rêvant d’aurores qu’il avait accueillis pendant toute une semaine et qui sont repartis bredouilles à la fin de leur séjour. Il y a eu a contrario ces deux jeunes femmes qui, n’étant pourtant venues en Norvège que pour 2 nuits, ont eu la chance incroyable d’avoir droit à un spectacle céleste tel que notre hôte lui-même en a rarement vu. Revenant à nos propres espoirs, Tommy nous confirme ce que nous savons déjà : cette année l’activité solaire n’est pas exceptionnelle. La météo du moment n’est pas non plus vraiment favorable.. “But keep an eye on the app and on the sky tonight, since it’s windy the clouds could open on a clear sky anytime, you never know!”

Les aurores, quésaco ?

un peu de science

QUOI ?

Un phénomène lumineux naturel qui résulte de l'interaction entre la haute atmosphère et le vent solaire (composé principalement d'ions et d'électrons) pouvant être amplifié par des éruptions sur la surface de notre étoile.

OÙ ?

A haute altitude, dans l'ionosphère (couche de l'atmosphère comprise entre 60 et 1000 km d'altitude) principalement composée d'atomes et molécules d'azote et d'oxygène.

A hautes latitudes (60-75° de latitude magnétique majoritairement), autour des pôles Nord et Sud magnétiques terrestres, dans ce qu'on appelle l'oval auroral : c'est la zone où convergent toutes les lignes du champ.

COMMENT ?

Le vent solaire contourne le champ magnétique terrestre qui agit comme un bouclier de protection pour notre planète.

Il s'engouffre cependant en partie au niveau des pôles dans les "cornets polaires", où les lignes de champ se dressent quasi-perpendiculairement à la surface de la Terre.

Les particules chargées du vent solaire y entrent en collision avec les atomes et molécules de l'ionosphère. Ces derniers passent en état d'excitation suite à cet apport d'énergie extérieure. S'ils n'entrent pas à leur tour rapidement en collision avec une nouvelle entité pour s'en décharger, les atomes et molécules concernés perdent alors spontanément cette énergie "en trop" en émettant un photon, particule élémentaire de lumière.
schema aurores boreales isabelle jouvie

COULEURS ?

Si la couleur la plus courante est le vert, les aurores peuvent arborer d'autres teintes.

Tout dépend en fait de la nature de l'atome ou la molécule qui émet le photon en se "désexcitant", et du niveau d'énergie auquel il se trouvait.

Pour faire concis, l'azote produit dans les tons rouges, violets, bleus, alors que l'oxygène donne dans les tons verts et jaunes.

RECORDS ?

Au XIXè siècle, lors de la tempête solaire massive de 1859, des aurores boréales ont été vues jusqu'à Cuba et Honolulu, soit très proche de l'équateur !

L'évènement correspond aussi au record enregistré pour les aurores australes au sud, qui ont été vues jusqu'à Santiago du Chili !

COCKTAIL MAGIQUE ?

Pour optimiser vos chances de voir une aurore il vous faudra :

. Être aux bonnes latitudes (positions des ovales auroraux variant en continu) !

. Se trouver sous un ciel aussi sombre que possible (oubliez l'été polaire, pensez à la Lune) !

. Vous éloigner des sources de pollutions lumineuses (villes majoritairement) !

. Penser à vérifier la météo ^^' Ciel couvert = rien à voir en l'air !

. Vérifier les paramètres du vent solaire sur les sites / applis spécialisés (plus c'est fort, mieux c'est) !

. Des vêtements bien chauds et beaucoup de patience (ou pas, des fois c'est cadeau) !

Les aurores, quésaco ?

- un peu de science -

(clique sur les boites)

QUOI ?

Un phénomène lumineux naturel qui résulte de l'interaction entre la haute atmosphère et le vent solaire (composé principalement d'ions et d'électrons) pouvant être amplifié par des éruptions sur la surface de notre étoile.

OÙ ?

A haute altitude, dans l'ionosphère (couche de l'atmosphère comprise entre 60 et 1000 km d'altitude) principalement composée d'atomes et molécules d'azote et d'oxygène.

A hautes latitudes (60-75° de latitude magnétique majoritairement), autour des pôles Nord et Sud magnétiques terrestres, dans ce qu'on appelle l'oval auroral : c'est la zone où convergent toutes les lignes du champ.

COMMENT ?

Le vent solaire contourne le champ magnétique terrestre qui agit comme un bouclier de protection pour notre planète.

Il s'engouffre cependant en partie au niveau des pôles dans les "cornets polaires", où les lignes de champ se dressent quasi-perpendiculairement à la surface de la Terre.

Les particules chargées du vent solaire y entrent en collision avec les atomes et molécules de l'ionosphère. Ces derniers passent en état d'excitation suite à cet apport d'énergie extérieure. S'ils n'entrent pas à leur tour rapidement en collision avec une nouvelle entité pour s'en décharger, les atomes et molécules concernés perdent alors spontanément cette énergie "en trop" en émettant un photon, particule élémentaire de lumière.
schema aurores boreales isabelle jouvie

COULEURS ?

Si la couleur la plus courante est le vert, les aurores peuvent arborer d'autres teintes.

Tout dépend en fait de la nature de l'atome ou la molécule qui émet le photon en se "désexcitant", et du niveau d'énergie auquel il se trouvait.

Pour faire concis, l'azote produit dans les tons rouges, violets, bleus, alors que l'oxygène donne dans les tons verts et jaunes.

RECORDS ?

Au XIXè siècle, lors de la tempête solaire massive de 1859, des aurores boréales ont été vues jusqu'à Cuba et Honolulu, soit très proche de l'équateur !

L'évènement correspond aussi au record enregistré pour les aurores australes au sud, qui ont été vues jusqu'à Santiago du Chili !

COCKTAIL MAGIQUE ?

Pour optimiser vos chances de voir une aurore il vous faudra :

. Être aux bonnes latitudes (positions des ovales auroraux variant en continu) !

. Se trouver sous un ciel aussi sombre que possible (oubliez l'été polaire, pensez à la Lune) !

. Vous éloigner des sources de pollutions lumineuses (villes majoritairement) !

. Penser à vérifier la météo ^^' Ciel couvert = rien à voir en l'air !

. Vérifier les paramètres du vent solaire sur les sites / applis spécialisés (plus c'est fort, mieux c'est) !

. Des vêtements bien chauds et beaucoup de patience (ou pas, des fois c'est cadeau) !

Ma première aurore boréale

     J’ai mal au crâne.

     Est-ce le froid, l’air pressurisé du voyage d’hier qui ne m’est jamais favorable, la fatigue, un contre-coup de ma chute de tout à l’heure, un combo gagnant des quatre ? Toujours est-il que la sensation de casque comprimant mon cerveau instille son emprise minute après minute derrière mes tempes.

    « Je vais m’allonger un peu, voir si ça passe, ok ? Tu surveilles dehors de temps en temps et tu me secoues si tu vois une aurore hein !”

     Je me couche sur le lit de notre petite chambre du rez-de-chaussée, qui se trouve être collé sous une fenêtre donnant à l’avant de la maison sur notre véhicule garé sur sa plaque de verglas. Un dernier coup d’œil sur les applications mobiles que je rafraîchis toutes les 86 secondes, un autre dans le ciel nocturne chargé de tout sauf de vert à travers les reflets du carreau, et je ferme les yeux…

     Réveil en sursaut.

     Combien de temps ai-je dormi ? Téléphone, heure, six minutes ouf, regard extérieur, rien, frisson de froid, fermeture de paupières, re-dodo.

     Réveil en sursaut.

     Frisson. Combien de temps ai-je dormi ?! Hmpf. Dix minutes. Passage de main sur la buée qui s’est formée contre la fenêtre, plissage de paupières, rien. Massage de tempes, fermeture des yeux.

     Deux secondes.

     Rien… ?

     Je rouvre les yeux à la vitesse de la lumière et saute en position assise, envoyant valser mon cerveau contre mon crâne dans un élan douloureux. D’un geste du bras j’agrandis la trouée humide sur la vitre avec ma manche et scrute plus profondément le ciel dans la même direction qu’un instant auparavant. Est-ce que… ? Je plisse encore plus fort les paupières, rabats mes deux mains en œillères protectrices des reflets parasites contre le froid du verre…

Là, une trainée dans le ciel. Une trainée si pâle que je ne suis même pas sûre de la voir vraiment. Un nuage ? Un nuage bien allongé, bien dénué de texture et de bordures. C’est pâle, c’est… gris ? La lueur fait écho au lointain souvenir de Kerguelen, mais je n’arrive pas à savoir… Je veux savoir !

Le capteur de lumière non-humain le plus proche étant mon téléphone posé à côté de moi, je l’attrape et m’empresse de braquer sa caméra vers l’extérieur. Il hésite, déstabilisé par le manque de photons ambiants, puis finit par m’afficher son œuvre : un beau, très bel écran noir !

Mais je n’abandonne ni l’espoir ni l’intime conviction qui grandit en moi à chaque seconde qui passe. Le téléphone était l’option A, utilisée uniquement car elle était à proximité immédiate. Dans le noir je tâtonne autour du lit jusqu’à ce que mes doigts rencontrent mon sac à dos. Je tire sur la fermeture éclair, agrippe mon appareil photo et l’extrais de sa poche, retire le cache de son objectif, règle rapidement un temps de pose de quatre secondes et une ouverture de diaphragme maximale, cale l’appareil à main levée contre la fenêtre et déclenche l’obturateur.

1.

2.

3.

clac

J’appuie frénétiquement sur le bouton d’affichage de l’image fraichement capturée.
C’est… flou. C’est flou, oui c’est flou, mais là dans le ciel c’est à présent indéniable, c’est clairement… VERT !

aurore boréale norvège

–   ma toute première photo d’aurore boréale   –

     “Laureeeeeeeeeennnnnt !!”

     C’est les yeux encore à moitié collés par la demi-heure de léthargie passée que je bondis hors de la chambre. L’intéressé est en train de s’affairer auprès du poêle à bois qui irradie d’une chaleur réconfortante tout le rez-de-chaussée, espace mis à notre disposition par nos hôtes pour la nuit.

     “Laurent, aurore !!!”

     Et nous voici bondissant dans nos bottes d’hiver, enfilant gants et bonnets, chopant au vol trépied et frontales, et courant (enfin pas trop, évitons de se fêler le coccyx ce soir) dans la nuit polaire qui nous accueille de son froid mordant.

     L’aurore est toujours là, et elle est même à présent mieux visible à l’œil nu :

aurore boréale norvège arctique
aurore boréale norvège
aurore boréale norvège
aurore boréale norvège arctique

                               Et les cieux s’illuminèrent.

     Le cadre n’est pas parfait, les lumières du hameau en contrebas occupent en partie nos rétines, mais rien n’importe moins en cet instant. C’est notre première aurore nordique, sa première tout court, et nous n’en croyons pas nos yeux.

aurore boréale norvège northern lights
aurore boréale norvège

    Le vent fait courir les nuages entre de longues éclaircies, alors que le ruban solaire mène lui sa propre danse. Il s’allonge, se dédouble, se courbe et fait demi-tour… Je ne sais pas combien de temps s’écoule, on en perd la notion dans l’excitation du moment.
Les maisons rouges, les étoiles et la neige, ajoutent au spectacle cet air de pays du Père Noël tel qu’on nous le décrit durant l’enfance.

aurore boréale norvège troms
aurore boréale norvège troms
aurore boréale norvège nuage
aurore boréale norvège troms

    Et puis soudain surgit au loin une masse sombre avalant les étoiles les unes après les autres. Laurent a à peine le temps de me dire “Oh ça sent pas bon ça, on va se prendre une rincée… !” que déjà les flocons s’abattent sur nous dans des bourrasques à frigorifier un squelette. L’infini au-dessus de nos têtes devient fini, les néons verts s’éteignent, nos corps revivent de frissons. La fête est finie pour ce soir : vite au chaud !

Des soirées à scruter le ciel

      Ce premier spectacle nocturne offert dès la seconde nuit de notre séjour tout en haut de la Terre booste mes espoirs pour le reste du voyage. Nous avons une dizaine de jours sur place, et chaque soir lorsque les découvertes de la journée laissent place aux ombres du monde je ne cesse de porter mon regard vers l’univers.

     Les indices de probabilité d’aurores ne sont pas fous, mais ils sont au vert quasiment systématiquement. Alors on y croit ! On y croit, on souffle sur les nuages pour les écarter, on brave les engourdissements de doigts gelés, on quitte la chaleur de nos logements pour se glisser dans la nuit et trouver des lieux d’observation plus ou moins à l’écart des pollutions lumineuses…

     Mais malgré toutes nos prières à dame Nature, les tableaux qui nous sont proposés nous rappellent qu’il faut savoir apprécier la rareté :

 

ciel étoilé

les nuits
   bleues

norvège hiver nuit
ciel étoilé
norvège hiver nuit

les nuits
  bleues

… Ersfjordbotn, Troms, nous laisse rentrer bredouilles (même si magnifique on est d’accord ! Bredouilles en terme d’aurores :)) …

norvège fjord hiver
norvège fjord hiver tromso nuit
alpes de lyngen en hiver

… Les Alpes de Lyngen en font autant …

Nous ne consacrons que notre début de soirée à l’observation du ciel alpin car nos hôtes du soir nous ont chaleureusement invités à partager les heures qui suivent avec eux.

Dans leur immense pièce à vivre, pavée de baies vitrées qui donnent sur le bras de mer, ils ont préparé une petite fête pour le départ imminent d’une jeune fille portugaise qu’ils viennent d’héberger pendant plusieurs mois en woofing. Ils y ont convié une dizaine d’amis du coin, avec lesquels nous discutons un bon moment autour de verres de punch. Il y a aussi un couple de touristes anglais, logeant dans le petit chalet à côté du nôtre, pour qui c’est le dernier soir en Norvège. Ils nous disent être là depuis une semaine et ne pas avoir eu la chance de voir une seule aurore.

La jeune portugaise est passionnée de chant, et elle a préparé un petit concert accompagnée au clavier par le propriétaire des lieux. Elle-même y ajoute des notes de guitare, et l’ensemble est si beau que l’on est vite emporté. La lumière est tamisée, la voix magnifique, le moment de partage encercle le cœur et pas une seconde je ne regrette d’avoir ce soir abandonné la “chasse aux lueurs”.

alpes de lyngen en hiver
alpes de lyngen en hiver
alpes de lyngen en hiver

… Les Alpes de Lyngen en font autant …

Nous ne consacrons que notre début de soirée à l’observation du ciel alpin car nos hôtes du soir nous ont chaleureusement invités à partager les heures qui suivent avec eux.

Dans leur immense pièce à vivre, pavée de baies vitrées qui donnent sur le bras de mer, ils ont préparé une petite fête pour le départ imminent d’une jeune fille portugaise qu’ils viennent d’héberger pendant plusieurs mois en woofing. Ils y ont convié une dizaine d’amis du coin, avec lesquels nous discutons un bon moment autour de verres de punch. Il y a aussi un couple de touristes anglais, logeant dans le petit chalet à côté du nôtre, pour qui c’est le dernier soir en Norvège. Ils nous disent être là depuis une semaine et ne pas avoir eu la chance de voir une seule aurore.

La jeune portugaise est passionnée de chant, et elle a préparé un petit concert accompagnée au clavier par le propriétaire des lieux. Elle-même y ajoute des notes de guitare, et l’ensemble est si beau que l’on est vite emporté. La lumière est tamisée, la voix magnifique, le moment de partage encercle le cœur et pas une seconde je ne regrette d’avoir ce soir abandonné la “chasse aux lueurs”.

tromso winter night

… Les hauteurs de Tromsø dévoilent en contrebas un panorama saisissant … mais sans aurore non plus !

tromso winter night
tromso winter night

    Tromsø

tromso winter night

Tromsø

tromso winter night

… et puis il y a un soir où l’on veut encore plus y croire. Les applications sont particulièrement optimistes, bien plus que lors de notre spectacle du deuxième jour, et pourtant… Cette ombre verte est tout ce que je réussis à capturer de la soirée ! :

norvège aurore boréale

– a p p a r i t i o n –

Mais l'un de ces soirs .......

     Jour 4, île de Senja. 23h17.
Echange de messages avec Tommy, notre hôte du deuxième jour :

(le masquage de photo est effectué en post-prod de qualitey pour les besoins de suspense de cet article, dans la conversation d’origine ça n’est bien sûr pas le cas)

 

 

Tommy

... retour une heure et demi en arrière

      Affalée dans le canapé, j’octroie à mon corps un peu de répit après une journée bien froide rythmée de très forts vents chargés de flocons. Je discute un peu par messages avec mon ami Jon, rencontré sur internet lorsque j’étais adolescente, australien d’origine mais habitant depuis une dizaine d’année au sud de la Norvège.

J : “J’étais inquiet pour vous avec la météo de fou qui frappe apparemment là-haut (ndlr : nord de la Norvège) ces jours ci !”

I : “Oui le temps est plutôt mauvaaais, on est pris dans des tempêtes de neige une bonne partie des journées 🙈 Est-ce que c’est une météo inhabituellement mauvaise pour la région en février ?”

J : “Je pense que ces tempêtes hivernales ont lieu quelques fois par an seulement, vous êtes juste malchanceux d’en attraper une 🙁”

Il m’envoie une capture d’écran d’un article de journal en norvégien.

J : “Ca dit “dépression polaire : la police demande aux gens de rester chez eux à l’intérieur” – spécialement pour les Lofoten et Senja. Mais ils disent que le pire est passé maintenant !”

Oh. Ceci explique cela ! Je me disais bien que ça soufflait un peu fort 😅

hamn i senja hiver
hamn i senja hiver
hamn i senja night winter

room with a view

      Nos boots encore saupoudrées de neige dégoulinent sur le paillasson, et on a laissé les lumières éteintes pour profiter pleinement du monde extérieur. La vue depuis le canapé est plutôt agréable, cf ci-dessus ! Le mur tout entier de la pièce n’est que baie vitrée donnant sur ce bras de mer.

    Régulièrement depuis que nous sommes posés au chaud je scrute le ciel : le vent y est retombé par rapport à tout à l’heure, en effet, et les étoiles ont fait leur apparition à travers des trouées de plus en plus larges dans l’atmosphère. De temps en temps même, je sors sur le balcon pour me pencher sur le côté du bâtiment et regarder vers le nord si jamais une aurore ne pointerait pas le bout de son nez là-bas.

     C’est lors de l’une de ces sorties que se produit un remake de notre deuxième soirée :

 

. . .

     C’est suspect cette trainée là-haut..
* plissage d’yeux *
Raah on voit rien avec ces lampadaires !
* court chercher l’appareil photo à l’intérieur *
“Laurent je crois bien qu’il y a une aurore… ?!”
* ressort avec l’appareil *
“Attends je teste !”
* photo en pose longue à main levée *
. . .
“C’EN EST UUUUUUNNNNEEEEE !!!!!”

 

photo crash test, le retour.

Le spectacle d'une vie

      Ni une ni deux, c’est reparti pour une course effrénée. J’ai bien compris l’autre jour que le phénomène peut disparaitre aussi vite qu’il est apparu, alors pas de temps à perdre. On descend l’escalier extérieur quatre à quatre, l’écharpe volant derrière, le trépied en bandoulière, les gants à moitié enfilés (est-ce que le lendemain je me déplacerai le sacrum en glissant à cet endroit même ? oui.) et on se dirige d’instinct à quelques dizaines de mètres de là face au nord et à la mer ouverte.

     La voûte céleste est magnifique, elle scintille de milliards de soleils que mes yeux accueillent de plus en plus nombreux en s’accommodant de l’obscurité. Le silence n’est brisé que par le clapotis de l’eau, et la tête vissée vers le haut j’écarquille les pupilles pour m’imprégner du ruban qui se déploie au-dessus de nous.

aurore boréale pôle nord

let        
the show
   begin
    

aurore boréale pôle nord
IsabelleJouvie-starsnightaurora
aurore boréale pôle nord
aurore boréale pôle nord

let          
the show  
 
begin      

     La suite est folle. C’est une véritable magie qui se déroule sous nos yeux, dans un temps qui se retrouve suspendu entre deux dimensions. Mon cerveau a du mal à analyser ce que mes yeux lui envoient, il se passe de longues secondes où je ne peux rien faire d’autre que rester bouche bée (dans tous les sens du terme), oscillant entre l’apnée et les respirations profondes pour m’assurer que je suis bien encore sur Terre.

     L’aurore qui s’offre à nous est en train de monter en puissance sous nos yeux, elle s’illumine de plus en plus fort au point d’être clairement visible à l’œil nu. “Visible” n’est même pas assez fort, il y a deux jours aussi elle était visible, mais alors là… ! En tant que photographe je suis bien placée pour savoir que les photos d’aurores boréales que l’on voit dans les magazines sont plus vibrantes que ce que l’on peut observer en direct. C’est une question de pure logique physique : les capteurs de nos appareils photos sont bien plus sensibles à la lumière que nos yeux humains, et permettent aussi d’accumuler les photons sur plusieurs secondes grâce aux poses longues. Tout ça je le sais, je le savais avant d’avoir la chance d’apercevoir ma toute première aurore, je m’attendais d’ailleurs justement pour ces raisons là à ne voir que de faibles lueurs dans le ciel… Mais ce qui est en train de se passer à cet instant fait exploser tous les a priori que j’avais.

     “Laurent… j’en crois pas mes yeux.” lâché-je dans un souffle.

     “C’est fou, c’est fou. C’est fou ! Jamais je n’aurais cru pouvoir les voir aussi bien !”

     Les mots de Tommy me reviennent en tête “Parfois, on les voit vraiment danser” nous avait-il dit. Et la stupeur dans laquelle j’ai été figée depuis quelques minutes laisse place à une excitation pure. Pure car à cet instant je me sens juste profondément Humaine, un amas de chair sur son petit caillou flottant dans l’Univers emporté par un émerveillement qui dépasse le rationnel. Je suis déconnectée de ce qui fait mon identité civile, vous me demanderiez mon adresse que je saurais quoi vous répondre.

     “Regarde, là !” Pointage de doigt.

     La vague verte s’enroule dans un tourbillon ondulant, que l’on voit se mouvoir en direct avec une vitesse que je trouve stupéfiante par rapport à ce que j’aurais pu imaginer.

     “Elle danse, il avait raison, elle danse vraiment.”

aurore boréale senja norvège hiver tromso

     On se dit que sur les rochers un peu plus loin on verra peut être encore mieux le spectacle, alors de nouveau on court, frontale vissée sur le bonnet pour éclairer nos pas alors que le spectacle continue au-dessus de nous. On s’enfonce à plusieurs reprises jusqu’au dessus du genou dans la neige toute fraîche et on en rit, rires suspendus dans un temps en pause.

     Lorsque je lève la tête le ruban vert traverse l’entièreté de la voûte, d’un horizon à l’autre. D’un. horizon. à. l’autre. en passant par le zénith. Il n’y a quasiment plus aucun nuage, il ne fait même plus froid. Je me surprends à penser la fameuse phrase

“C’est bon, je peux mourir tranquille.”

aurore boréale senja norvège hiver tromso
aurore boréale senja norvège hiver tromso

     Contemplation, assimilation, nous ne faisons plus que ça des minutes qui s’écoulent maintenant. Elles sont encore longues à combler nos rétines.

     La trainée lumineuse s’élargit tellement qu’arrive un moment où même l’objectif grand-angle de mon appareil photo braqué sur le ciel ne peut contenir l’aurore dans toute sa largeur. C’est le bouquet final, le ciel est en feu.

Aurore boréale Norvège Senja

     Et puis comme l’autre soir, on la voit arriver. La masse sombre qui referme la fenêtre sur l’Univers, replie la Terre sur elle-même, le baisser de rideau. Le vent, toujours ce vent, ramène sur nous les nuages et les précipitations qui l’accompagnent et nous pousse à galoper pour nous mettre à l’abri derrière notre baie vitrée.

     Retour à la case départ, il s’est écoulé une heure trente depuis que j’ai quitté le canapé, une heure trente gravée à jamais.

aurore boréale senja norvège hiver tromso

clap de fin

Aujourd’hui encore j’ai le réflexe non réfléchi, lorsque je lève la tête vers un ciel étoilé, d’y chercher un nuage un peu allongé, à l’air un peu suspect, et puis je me rappelle qu’à nos latitudes c’est ailleurs qu’il faut chercher la magie et la béatitude.

Isa

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  1. Super tes lignes et merveilleuse photo, je n’avais jamais vue des aurores boréales à par celle que tu avais posté depuis les kerguelen.Toujours en attente de tes nouvelles et de photos magnifique .Meilleurs voeux de bonheur bonne santé

    1. Merci beaucoup Jean-Paul ! C’est un spectacle fascinant que la Norvège m’a offert, c’était d’une intensité incomparable par rapport à celle que j’ai eu la chance de voir à Port-aux-Français (mais c’était ma tout première alors elle gardera toujours une saveur particulière).
      Toute mon affection pour ce réveillon particulier, que 2021 nous apporte à tous le pouvoir de rêver encore plus <3

  2. Wooaa, quel beau spectacle ! bien assise au chaud, je savoure tes photos captivantes de beauté de ces apparitions presque irréelles. On s’en prend plein les mirettes :-))

  3. Ton récit est féerique. Cela me rappelle ma première aurore boréale vue en Laponie il y a deux ans. Il faisait si froid dehors que j’avais tout misé sur l’appli Aurora pour me donner le top départ. Et ça a marché. J’ai vu “danser” l’aurore boréale également tel un voile de rideau secoué par le vent. Je ris encore d’avoir confondu la première fois un nuage de neige qui approchait avec une aurore boréale. La drache que j’ai pris sur la tête a ce moment là m’a convaincu de recourir à l’appli Aurora pour programmer ma sortie suivante. Ce qui m’a le plus frappé c’est le silence lorsque l’aurore est apparue, et ce mouvement doux et intriguant de l’aurore dans le ciel. Elle a disparu aussi vite qu’elle est apparue.

    1. Merci Eric !
      Il y a en effet de quoi les confondre avec des nuages lorsqu’elles naissent, je me suis fait avoir un paquet de fois alors je fais systématiquement une rapide photo en pose longue dès que j’ai un doute : si c’est bien une aurore en formation ça ressort vert à tous les coups !
      Leur vitesse à se mouvoir m’a aussi particulièrement marquée, je ne les pensais pas si “fluides” et fragiles, fébriles même. C’en est encore plus beau